Évènements & Activités

Concert AAELP de Pierre REACH le jeudi 18 novembre 2021 dans l’enceinte du lycée

30 Mai 2021 | Evènements

Pierre REACH, pianiste international, ancien élève du Lycée Pasteur, donnera un récital Beethoven à l’occasion du centenaire de l’association des anciens élèves.

Ce concert, initialement prévu en novembre 2020 (année du centenaire) a dû être reporté en raison de la crise sanitaire : il est programmé le jeudi 18 novembre 2021, dans l’enceinte du lycée.

Notre ami pianiste a subi comme tous les artistes le confinement qui s’imposait.

Il a rédigé quelques réflexions sur ce passage difficile et a bien voulu nous communiquer le billet ci-dessous.

Nous vous proposons d’en prendre connaissance avant de venir l’applaudir.

Si vous souhaitez réserver vos places pour cet évènement merci de suivre ce lien

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Notes d’un pianiste confiné*  

Nous vivons actuellement une période étrange : Depuis de longs mois, comme pour répondre au manque de projets, je pratique le même rituel, lever tôt le matin, marche à pieds de trente minutes, petit déjeuner, et je « me mets au piano ».

La position physique du pianiste est d’ailleurs assez routinière, il est comme « vissé » à son tabouret, dans un endroit soigneusement choisi dans la maison, et pendant des années, c’est assis à la même place, dans la même constellation d’objets, de meubles, de tableaux sur les murs, qu’il doit essayer de tout oublier et de se concentrer sur des partitions qu’il répète chaque jour.

Cette répétition, ce « ruminement » pourrait-on dire n’est certes pas du tout appauvrissant, bien au contraire ; la répétition, lorsqu’elle est bien faite avec amour ouvre à chaque nouvelle strate des perspectives inattendues et on répète, mais toujours différemment.

Sergiù Celibidache disait si bien que toute répétition, même celle d’une simple note de musique crée un nouvel espace. La répétition est la base de tout travail musical, d’abord infiniment lente afin de donner au cerveau et aux doigts la possibilité d’assimiler tous les détails de la partition. Les difficultés s’estompent peu à peu et s’installe alors une « libération » mentale et physique, et l’interprétation commence…celle-ci étant comme le miroir de l’œuvre entendue à travers le prisme de la personnalité, du goût et évidemment du talent de l’interprète.

Arthur Rubinstein disait que « les interprètes n’ont que le talent, ce sont les compositeurs qui ont le génie ». Mais c’est certain qu’il faut une grande habileté et une longue expérience pour jouer convenablement, dans le respect du texte, du style, et l’esprit universel des œuvres.

Eh bien, pendant ces longs mois de solitude due au confinement, et ayant de mon mieux, comme chaque musicien digne de ce nom, essayé de suivre ce rituel fait de discipline, de respect et d’amour pour la musique, j’écris ici non sans nostalgie ni tristesse que tout cela n’est que lettre morte, et que toutes mes si « bonnes intentions » manquaient cruellement de ce qui fait la sève du bonheur du musicien, la présence d’un public et « l’échéance » fixée du concert.

Combien ai-je souffert ces longues semaines de travailler les œuvres sans « me » préparer au concert, sans dates définies (même si elles font parfois figure de redoutable ultimatum à être prêt !), sans pouvoir redouter la présence d’un public qui juge absolument tout, même si on a besoin de lui et je me suis toujours demandé s’il faut absolument être écouté par quelqu’un pour être heureux dans la musique. Ce confinement m’a une nouvelle fois confirmé que la réponse est évidemment « oui ».

Et pourtant tout ce qui « touche » au concert n’a souvent rien à faire avec la musique elle-même: Parler avec son agent, discuter du voyage, du cachet, inviter quelques personnes amies ou dites « importantes », sentir l’approche de la date fatidique du grand soir comme une menace sur soi-même (faudrait-il décidément être un peu masochiste pour faire ce métier!), le plaisir de s’habiller et se préparer pour jouer, tout cela on n’y pense pas consciemment dans le travail quotidien parce qu’il s’agit de l’environnement même du musicien. Son piano est comme flottant dans ses rêves, ses interrogations, ses peurs, et il voyage avec lui, en dehors et loin des meubles et décors de son habitation. C’est bien pour cela que les « après concerts », lendemain et jours qui suivent sont si douloureux : on est vidé, tout a disparu et on a l’impression d’avoir atterri dans un désert.

En fait l’artiste n’est de nulle part, il vit seulement dans ses songes et le confinement, comme une redoutable force de gravité verticale, ramène inexorablement le musicien à une réalité seulement terrestre pourrait-on dire, où tout rêve demeure désormais interdit.

Ce n’est donc pas seulement le virus qui risque de tuer, c’est le fait de ne plus pouvoir rêver et ne reste que la froide obligation de compenser ce manque par un approfondissement et une introspection encore plus intenses mais terriblement lourds et éprouvants.
Pendant cette « résilience forcée » qui est la conséquence de ce que j’ose tout de même appeler un traumatisme pour un musicien, il m’est arrivé d’imaginer en jouant un concert « virtuel » (c’est le cas de le dire !), chez moi tout simplement où j’aurais « supplié » un être de mon choix, proche ou moins proche, de venir m’écouter. Il me fallait tout donner, lui offrir un concert, et plus du tout question de gain ou cachet, tristes apanages d’un métier qui n’existe plus. Il ne me fallait que jouer, jouer le plus possible comme si je pouvais faire reculer les tentacules noires et empoisonnées de cet horrible confinement.

Boris Cyrulnik a génialement expliqué que c’est peut-être le manque de confort, de projets, finalement la pauvreté qui nous forcent à relever les défis en nous posant à nous-mêmes des obstacles par un travail acharné, comme s’il fallait revivre et cette fois en se montrant plus utile. C’est vrai que dans mon travail des derniers mois, j’ai ressenti comme jamais le besoin de lutte, de prouver quelque chose, pour ne pas sombrer dans une sorte de dépression.

Quand mes concerts se sont brusquement arrêtés en mars 2020, j’avais pensé, je l’avoue, « finalement à quoi bon ? et pour quoi ? Ce confinement est une épreuve de courage, pour le système émotionnel de tout être et nous relie plus que jamais à notre condition humaine de travail et de quête pour accéder à des mondes pas tout de suite permis.

À nouveau sur scène quand les concerts reprendront, je pourrai mesurer si mon travail et ma persévérance dans la solitude m’auront aidé à partager plus encore le bonheur de la musique. Je ne sais encore aujourd’hui ce que je ressentirai sur l’estrade, après tant de mois d’absence et de privation du public, mais je continue à m’y préparer dans un sentiment fait d’espérance et de simple bonne volonté.

Mais quel bonheur d’avoir Beethoven en de tels moments, on a parfois l’impression qu’il vous surveille et vous prend par la main pour vous aider à continuer. Dans son écriture, se trouve une dynamique très fréquente qui est l’une de ses caractéristiques : C’est le « Crescendo-piano ». Mais pourquoi un crescendo mènerait-il à un piano ? Eh bien ce crescendo ne peut aboutir, il débouche sur une impasse et c’est « un nouvel instrument » qui débute, dans la nuance piano, un nouveau départ en quelque sorte comme après une limite infranchissable.

De même, l’épreuve actuelle, au-delà de toutes ses victimes et malheurs, ne s’avérerait-elle pas pour chaque musicien une possibilité, lors d’un retour (comme dans la Sonate Les Adieux), de revenir après un moment si lourd et triste avec une Joie renouvelée.

Pierre Réach

Janvier 2021

www.pierre-reach.com

 

  • La Revue Française de Psychosomatique publiera ce billet dans son numéro de juillet 2021

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