Gabriel KASPEREIT

 

par Charles MELCHIOR de MOLENES,
président honoraire de l'Association, docteur d'Etat,
lauréat de l'Académie française et de l'Académie des sciences morales et politiques

 

Le 1er août 2006, mourut, à Neuilly-sur-Seine, (où il résidait de longue date, et vécut en sa jeunesse, scolarisé à Pasteur), l'ancien ministre Gabriel KASPEREIT, né en 1919. A Paris, il fut député 36 ans (durée inaccoutumée qui attestait la confiance permanente - aussi longtemps qu'il se présenta - de ses concitoyens) et, jusqu'à 82 ans (où, en 2001, il se retira), maire du IXème arrondissement.

Confiance liée, au départ de sa carrière élective, à ses imposants titres de guerre : ancien de l' " Ecole de cavalerie et de l'arme blindée ", officier d'active, il participa - comme mon regretté ami Raymond DRONNE (1908-1991), que Kaspereit retrouva au Palais-Bourbon - à l'épopée de la Division Leclerc, la légendaire " 2ème D.B. ". Commandeur de la Légion d'Honneur (et, dans une très large mesure, à titre militaire, quoique ses états de service et mérites civils, acquis en temps de paix, fussent grands, également), il présida le conseil d'administration du " District de Paris " , embryon, et ancêtre de la Région Ile de France, et siégea aux assemblées parlementaires du Conseil de l'Europe, à Strasbourg, et de l'Union de l'Europe Occidentale ( U.E.O.). Comme, bien entendu, au Conseil de Paris (ville où il fut adjoint au maire), et au conseil général de la Seine.

Doctrinalement, G. Kaspereit fut, sa longue vie durant, indéfectiblement fidèle à Charles de Gaulle et à la " famille spirituelle " (l'expression de Maurice BARRES - auteur de Neuilly, et très lu de Kaspereit - en tête d'un des plus célèbres livres de Barrès (2)…) initiée par l'ancien chef de la " France libre ". Le président de l'U.M.P. consacra à l'ancien maire du IXème et secrétaire d'Etat (plusieurs années durant au gouvernement Chaban-Delmas, sous présidence de G.Pompidou), une déclaration posthume très élogieuse. Fait plus frappant et révélateur encore - parce que moins prévisible -, certains adversaires de Kaspereit lui ont rendu hommage, également. Et non des moindres, ainsi le maire, socialiste, de Paris : soulignant que le défunt " aima " la Ville-Lumière. Ce qui est incontestable.

Bon gestionnaire - de l'avis général -, efficace, dévoué à ses administrés, G. Kaspereit était fort compétent sur les problèmes des petites et moyennes entreprises, des artisans, " classes moyennes ", etc. Son père exerçait lui-même, en ces métiers, à Neuilly. Gabriel, depuis sa démobilisation, en 1946, jusqu'à ce qu'il devint député, en 1961, fut cadre dans ces professions (de 1952 à 61, directeur commercial d'une grande société agro-alimentaire). C'est à la tutelle de ce secteur que J. Chaban-Delmas l'affecta, sur le plan ministériel.
Après 1972, il aurait eu certainement l'occasion de revenir au gouvernement, s'il l'avait souhaité. Pour autant, l'extérieur de l'Hexagone - et la politique étrangère - ne lui étaient aucunement indifférents : il milita, inlassablement ( : cette idée fut entièrement confirmée par les événements ultérieurs, et sans avoir provoqué guerre locale, ni mondiale ; alors que cette idée avait été dénoncée par les prétendus " réalistes " de l'époque comme utopique, explosive, et belliciste…) pour l'émancipation des républiques baltes (Lituanie, Lettonie, Estonie), annexées, depuis 1940 (en accord avec le Reich hitlérien) à l'Union Soviétique. Un communiqué - dont l'évidente sincérité et le bien-fondé étaient émouvants - de l'ambassade de Lituanie (seul pays majoritairement catholique de l'ex-U.R.S.S., on le sait) en France a marqué - et, s'il en était besoin, attesté - après décès de l'ex-délégué au Parlement européen
(3) et au Conseil de l'Europe, la gratitude du peuple lituanien aux trop rares parlementaires occidentaux qui aidèrent, non sans courage, ni lucidité, ces petites nations, dans leur abandon et leur isolement, et leur servitude, à recouvrer leur légitime indépendance, et leur statut d'Etats.
Gabriel KASPEREIT mérite de n'être oublié ni de par la France (dont il fut un soldat, et un citoyen exemplaire), ni dans le milieu de son lycée d'origine, qu'il contribua à honorer.

(2) Analogie de Kaspereit avec l'écrivain de la Colline inspirée : Barrès habitait, en fin de carrière (mais sans en être, comme Kaspereit, originaire), Neuilly,etl était élu dans Paris. Tous deux, en politique, très patriotes et fervents de l'armée. Mais notre camarade étant, bien entendu, beaucoup moins littéraire que l'académicien lorrain.
(3)
Il y siégea - avec interruptions, notamment quand il fut ministre - pendant une quinzaine d'années, de 1967 à 84.Et y présida, 5 ans, la commission des relations économiques extérieures.